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Décès d’Albert Yangari : le père du billet « Makaya » s’en est allé

Posté par G. Ngoyo-Moussavou, le 28 novembre 2023


Par Ngoyo Moussavou

Je voudrais débuter l’hommage que je rends ici-même à Albert Yangari Ngoruma, journaliste de renom et grand patron de presse, qui nous a quittés tragiquement le samedi 18 novembre 2023, par une anecdote pittoresque. Nous sommes un week-end de l’année 1979, jeune journaliste stagiaire au quotidien national l’Union, je suis désigné, avec le photographe Edouard Nzame, pour couvrir un samedi matin une audience de Mme Joséphine Bongo, côté résidence du Palais Rénovation. La Première dame de l’époque a rendez-vous avec le ban et l’arrière-ban du bureau national de l’Union des femmes du Parti démocratique gabonais (UFPDG) dont elle est la présidente d’honneur.

Le chauffeur affecté aux reportages ayant fait faux bond, je commets l’erreur de ne pas y aller avec mes moyens propres. Le photographe Edouard Nzame idem. Panique générale à la réunion de rédaction du lendemain dimanche. Pierre Célestin Ndong Ondo, le directeur de la rédaction au moment des faits, avait prévu de placer cette activité politique de Mme Joséphine Bongo à la une de l’Union. « Boycotter » une rencontre publique de la Première dame Joséphine Bongo au plus fort du parti unique triomphant était à la limite « suicidaire » pour le journaliste négligent affecté à la tâche.

L’histoire du journal l’Union est jalonnée d’exemples de journalistes et de directeurs de la rédaction remerciés pour moins que ça. Mon directeur de la rédaction d’alors avait-il craint pour son poste ? Surtout que celui qui aurait pu amortir le choc d’une telle outrecuidance, le directeur général Albert Yangari, qui cumulait cette fonction avec celle de directeur de cabinet privé du chef de l’État Omar Bongo, était en mission en Europe.

La sentence tombe comme un couperet, le photographe et moi-même sommes limogés séance tenante. Mais une partie des journalistes présents à la réunion de rédaction trouvant la sanction exagérée, plaida pour des circonstances atténuantes. Le renvoi définitif se mua en mise à pied. Jusqu’au retour de mission d’Albert Yangari. Rentré de son séjour à l’étranger, M. Yangari (c’est ainsi que je l’appelais) me reçoit dans son bureau de la Sonapresse (société éditrice du journal l’Union). Le directeur de la rédaction avait fait son rapport.

Mais alors que je m’attendais à recevoir une volée de bois vert, le licenciement en prime, j’eus droit, contre toute attente, aux conseils d’usage du chef, du doyen, du sage. Le journalisme est un sacerdoce qui exige beaucoup de sacrifices me dit-il. Il prit l’exemple d’un journaliste congolais, qui fut son condisciple au studio école de l’OCORA (office de coopération radiophonique) à Paris, qu’il avait revu à Brazzaville couvrant à pied les activités de feu le président Marien Ngouabi, d’un bout à l’autre de la capitale congolaise, le Nagra en bandoulière, faute de logistique appropriée.

Sous le « socialisme scientifique bantou », cher au Parti congolais du travail (PCT), on vivait chichement en ce temps-là. Il fallait se débrouiller avec les moyens du bord. Je ne fus pas licencié, le photographe non plus. Mais je retins la leçon : le métier de journaliste est un sacerdoce.

Albert Yangari était la bonté personnifiée, un phare, une boussole, un leader positif. Ce qui explique les nombreux témoignages de sympathie et de tristesse depuis l’annonce de son décès. C’est Albert Yangari qui m’a recruté à l’Union, dont il fut des décennies durant le patron. J’ai beaucoup appris à ses côtés.

C’était quelqu’un d’investi, qui s’intéressait au travail de chacun des journalistes de la rédaction. On l’aimait, on l’admirait, on le respectait. J’ai toujours eu une grande estime pour ce journaliste engagé et courageux, toute sa vie publique durant, il a su donner le meilleur de lui-même à son pays.

Je pleure un des grands pionniers du journalisme gabonais, qui a marqué l’histoire et l’évolution de la radio, de la télévision et de la presse écrite de notre pays. Je pleure l’inventeur du célèbre billet « Makaya », qui m’a donné ma chance en me mettant le pied à l’étrier. Je pleure celui qui me conseillait, alors jeune journaliste, de bien travailler et de progresser sur le plan de la personnalité. Il y a un peu de lui en moi. Last but not least, Albert Yangari aimait la vie, il était la vie et il restera pour toujours dans la vie.

À
Libreville
Du
18/11/2023
au
18/11/2023
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