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La candidature de Félix Tshisekedi pour un second mandat : une candidature qui se justifie.

Posté par Christian Gambotti, le 11 décembre 2023


 

Par le Pr Christian Gambotti - Agrégé de l’Université, Président du think tank Afrique & Partage, Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches du l’Afrique de Demain), Directeur général de l’Université de l’Atlantique (Abidjan), Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact email : cg@agriquepartage.org


Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi est devenu le 5e président de la République Démocratique du Congo. Dans un pays dont l’Histoire, les fractures territoriales, l’existence de chefs de guerre, les rivalités ethniques et le tribalisme qui surplombent la scène politique nationale ont toujours permis à la politique politicienne à courte vue de l’emporter sur la raison d’État, son élection a été, pour des pans entiers de la population congolaise, porteuse d’un immense espoir. Le peuple congolais et la communauté internationale ont eu le sentiment qu’une page venait de se tourner en RDC pour trois raisons :
1) l’élection de Félix Tshisekedi est le résultat d’une véritable transition démocratique dans le Congo de la postindépendance;
2) Félix Tshisekedi incarne l’héritage politique de son père, Etienne Tshisekedi qui fut l’opposant historique, fondateur de l’UDPS;
3) il porte un programme dont les quatre piliers constituent l’architecture de la RDC du futur : le développement économique et social, la sécurité intérieure et aux frontières, l’éradication de la corruption et l’exercice de la pleine souveraineté du Congo sur l’ensemble de son territoire.

 Être élu est une chose, gouverner est une autre chose

Porter une espérance et être élu est une chose, gouverner est une autre chose, car se dresse devant le Président élu le mur des réalités. A la veille de l’élection présidentielle de 2023 (si elle n’est pas reportée), le peuple est en droit de demander des comptes au président sortant. Est-il facile de gouverner un grand pays comme la RDC après des décennies de mal-gouvernance ? Est-il possible, en cinq ans, de redresser les comptes de la nation et bâtir une croissance inclusive avec une création de richesses qui redescend jusqu’aux populations ? La RDC est un grand pays qui possède tous les atouts pour assurer son développement et faire entendre sa voix sur la scène africaine et internationale. Il est grand par l’étendue de son territoire, grand par le réservoir qui semble inépuisable de ses richesses naturelles (sol et sous-sol), grand par un dividende démographique fulgurant, grand par l’existence d’un capital humain créatif, grand parce que le bassin du Congo et ses forêts constituent l’un des poumons de la planète, grand enfin parce qu’il représente un formidable enjeu géopolitique et géostratégique.

Quelle stratégie pour un second mandat ?

Afin de soutenir la candidature pour un second mandat de Félix Tshidekedi, l’équipe de campagne a créé « L’Union sacrée ». Mythes trompeurs, les différentes formes d’union sacrée entretiennent l’illusion qu’il peut exister un gouvernement d’union nationale face aux dangers qui menacent la RDC, notamment à l’Est du pays, dans les provinces orientales de l’Ituri et du Nord-Kivu où l’exécutif a décrété », en 2021, l’état de siège. Félix Tshisekedi n’a pas intérêt, politiquement, à s’abriter sous les habits trompeurs d’un gouvernement d’union nationale. A l’intérieur de ce type de gouvernement, les alliances sont toujours fragiles, avec des renversements de dernière minute. Quant à la rhétorique de l’« union sacrée », elle n’a de sens que si elle porte un message clair et si elle s’appuie sur la solidité des alliances politiques, un partage des mêmes valeurs et un programme incarné par une figure charismatique susceptible d’avancer sur une ligne d’équilibre entre les intérêts divergents des alliés. Félix Tshisekedi est, incontestablement, une figure charismatique en capacité de construire une alliance très large et de rassembler le plus grand nombre d’électeurs. Son premier quinquennat a permis de poser les jalons d’une reconstruction du pays en réponse aux attentes des populations, avides d’opportunités économiques, de croissance inclusive et de démocratie. Les Congolais demandent trois choses :
1) accéder aux services de base (santé, éducation, eau, électricité;
2) voir la richesse du pays descendre jusqu’à eux;
3) vivre en paix dans une société prospère.

En se présentant pour un second mandat, Félix Tshisekedi ne peut pas avancer l’argument de la popularité héritée du père, ni celui d’une transition démocratique réussie. Ce sont des acquis certes, mais il est déjà, après 5 ans de présidence, un autre homme : il est l’homme d’un bilan avec ses réussites et ses échecs. Ses réussites sont nombreuses dans des domaines qui s’étaient écroulés par pans entiers ou qui avaient été bradés, à travers des contrats léonins qui attribuent tous les avantages à des puissances étrangères. Je pense au sous-sol minier et aux terres rares du Congo. En retrouvant la pleine souveraineté et la gestion de son sous-sol, le pays peut se rêver, comme le proposait Félix Tshisekedi, en « Allemagne de l’Afrique », en « Chine de l’Afrique ». Le programme de Félix Tshisekedi, tel que je le comprends pour ce second mandat, vise à accélérer ce qu’il a commencé à faire depuis son élection en 2019 : rendre le Congo aux Congolais.

Rendre le Congo aux Congolais

Que signifie « rendre le Congo aux Congolais » ? Il s’agit d’investir dans tous les domaines de l’activité et de la vie en RDC, depuis les infrastructures jusqu’à l’accès aux services de base, de la modernisation des services de l’Etat au développement du secteur privé. Tshisekedi défend l’idée suivante : à côté des investissements publics, le secteur privé doit prendre le relais de la croissance. Cette complémentarité de l’Etat et du secteur privé, à l’œuvre dans tous les domaines depuis 2019, permet à Félix Tshisekedi de faire état d’un bon bilan. Son action a permis de :
1) Consolider l’économie, un préalable indispensable à la reconstruction du pays;
2) Conduire une politique sociale ambitieuse;
3) Créer les conditions d’une réappropriation de ses richesses naturelles par le pays;
4) Bâtir une administration plus productive;
5) Lutter contre les fractures territoriales;
6) Garantir la souveraineté du Congo;
7) Répondre aux Objectifs du Développement Durable (ODD).

Si, dans chaque domaine, beaucoup a été fait, ce qui rend légitime la candidature de Félix Thisekedi pour un second mandat, il reste beaucoup à faire, ce qui oblige le président sortant à accélérer la mise en œuvre de son programme, s’il est réélu. Je ne prends qu’un exemple : l’éducation. Félix Tshisekedi a instauré, dès son élection, en septembre 2019, la gratuité de l’école primaire, l’un des aspects majeurs de son projet social. On se souvient du slogan « Pas une école sans banc ». Lors de ce quinquennat, des écoles ont été construites, le salaire moyen d’un enseignant est passé de 159 662,67 FC à 408 689,67 FC. Or, tous les enfants n’accèdent pas à l’école primaire pour des raisons largement documentées. Se rendre à l’école, relève à certains endroits, d’un parcours de survie pour les élèves : absence de routes, franchissement de rivières sur des ponts instables. Sans un système scolaire efficace, à tous les étages de l’institution, le Congo prend du retard dans son développement.

À des fins de sécurité alimentaire, Félix Tshisekedi a mis en œuvre un ambitieux programme de relance et de modernisation de l’agriculture, demandant que le sol congolais prenne sa revanche sur le sous-sol. Le constat est le suivant : l’exploitation du sous-sol congolais  profite essentiellement aux sociétés internationales et aux grandes puissances étrangères qui ont la mainmise sur les richesses minières congolaises. En même temps, l’exploitation du sous-sol entretient une économie de la rente et favorise la corruption. Relancer l’agriculture est pour Félix Tshisekedi une priorité absolue, quand on sait que plus d’un quart de la population de la RDC est confrontée à une insécurité alimentaire aiguë. Dans l’Est de la RDC, le PAM (Programme Alimentaire Mondial des Nations-Unies) a activé son niveau d’alerte le plus élevé face à l’aggravation de l’insécurité alimentaire.

Sur l’administration, Félix Tshisekedi, convaincu que le développement doit s’appuyer sur des services publics de qualité, a réussi, en partenariat avec leurs représentants syndicaux, à améliorer le professionnalisme et la productivité des agents de l’État. Comme dans de nombreux pays africains, l’administration congolaise, souvent bureaucratique et pléthorique, a pu être un frein au développement. La révolution digitale et l’IA (Intelligence Artificielle) ont permis de moderniser l’administration, en lui permettant de répondre plus rapidement et plus efficacement aux attentes des administrés.

Mais, ce n’est pas d’un coup de baquette magique que l’on crée en 5 ans une nation moderne, un pays à revenu intermédiaire, selon la typologie de la Banque Mondiale en fonction du revenu national brut (RNB) par habitant. La RDC reste l’un des pays dans lequel le RNB par habitant est l’un des plus bas. Plus de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Consolider l’économie et garantir la paix sont donc, pour Félix Tshisekedi, des priorités à mettre en œuvre dans un second mandat.

Garantir la paix

Pour se reconstruire, le pays a besoin de paix. Sans la paix, rien n’est possible. L’une des priorités de Félix Tshisekedi a été, en 2019, à l’issue de son élection, de pacifier le pays, ce qui suppose le rétablissement de l’autorité de l’État, une justice qui lutte contre l’impunité et des forces de sécurité intérieure (police nationale et gendarmerie) équipées et bien formées. Aux frontières, souvent alliée avec des groupes de patriotes, l'armée congolaise (FARDC) mène une lutte sans fin contre les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ce que conteste Kigali ; l’armée congolaise s’est aussi alliée avec l’armée ougandaise pour combattre les rebelles ADF, affiliés au groupe État islamique.. Sur le plan diplomatique, les différents processus de paix appuyés par les pays de la sous-région et la communauté internationale sont loin de produire les résultats attendus. Face à une insécurité qui s’aggrave dans l’Est du pays, le gouvernement a décrété, en 2021, l’état de siège dans les provinces orientales de l’Ituri et du Nord-Kivu en 2021. En confiant le pouvoir aux militaires, Félix Tshisekedi n’a pas obtenu les résultats escomptés, même si, selon lui, « Ce régime d'exception a permis l'amélioration de la situation sécuritaire dans certaines zones des deux provinces concernées, notamment la réduction de la fraude minière et douanière transfrontalière qui alimente les conflits, la réduction des tensions intercommunautaires ainsi que la stabilité de l'administration à travers le rétablissement de l'autorité de l'État ».

Mais, le Président-candidat sait que le volet sécuritaire n’est qu’un aspect de la réponse à apporter pour pacifier le pays. L’autre volet indispensable est le développement adossé à une affirmation de l’autorité de l’État dans les régions concernées, depuis toujours instables et dangereuses. Dans le domaine de la sécurité intérieure, où beaucoup reste à faire, la relative stabilité politique que connaît le pays ne se traduit pas par une baisse de la criminalité, qui reste à un niveau très élevé dans les villes, notamment à Kinshasa, en raison de la détérioration de la situation économique.

Une candidature à un second mandat qui se justifie

Se présenter pour un second mandat se justifie totalement dans le cas de Félix Tshisekedi qui dispose de nombreux arguments que lui fournit son bilan pour convaincre les électeurs. Il a déclaré récemment : « Nous avons donc le choix entre repartir à zéro ou consolider les acquis de cet élan progressif en avançant main dans la main, avec une vision claire et un but commun, vers un avenir où chaque Congolais aura la possibilité de prospérer. » Bâtir une RDC prospère et solidaire est un long chemin. Je retiens la première partie de cette déclaration : « Nous avons donc le choix entre repartir à zéro ou consolider les acquis de cet élan progressif ». La réélection de Félix Tshisekedi permettra de consolider les acquis et d’accélérer le développement. Il ne peut pas le faire seul. Ses alliés sont connus : Jean-Pierre Bemba, l’actuel vice-Premier ministre en charge de la Défense et Vital Kamerhe, vice-Premier ministre en charge de l’économie. Bemba et Kamerhe savent que leur intérêt, dans la perspective de 2030, est de préserver la stabilité politique en soutenant Félix Tshisekedi Quant au président sortant, il lui faut élargir ses alliances, non pas en débauchant aujourd’hui des opposants, mais, s’il est élu, en faisant entrer au gouvernement des personnalités reconnues pour leurs compétences et leur sens de l’État.

L’action de Félix Tshisekedi à l’international

Le Président sort ant a su metre en oeuvre une diplomatie active, afin d’assurer le rayonnement de son pays sur la scène africaine et internationale. Dans le bilan de Félix Tshisekedi, j’inclus une présidence réussie à l’Union Africaine. On retiendra aussi le déplacement de Félix Tshisekedi à Dubaï, pour la COP 28. Ce dernier déplacement s’explique pour deux raisons : Félix Tshisekedi voudra affirmer, devant la communauté internationale, l’engagement de la RDC dans la lutte contre les crises climatiques ; il voudra aussi faire fructifier l’intérêt que les Emirats Arabes Unis portent désormais à l’Afrique. A juste titre le président sortant souhaite diversifier les partenaires du Congo.

L’opposition, une alternance crédible ?

On annonce 26 candidat (combien à l’arrivée ?) à l’élection présidentielle de 2023. L’opposition est essentiellement représentée par Moïse Katumbi, Martin Fayulu et Denis Mukwege. Il est bon qu’il existât une opposition qui présente un programme. Là encore, l’opposition, très dispersée, s’avère incapable de présenter un front uni qui s’entend sur un programme commun. Le rôle de l’opposition est de s’opposer, en particulier en contestant le bilan du président sortant. Mais, pour l’emporter l’opposition doit aussi, aux yeux des électeurs, incarner une alternance crédible. S’opposer pour s’opposer ne constitue ni un projet politique, ni un projet de société. Les électeurs peuvent voir dans une opposition systématique qui avance fragmentée entre plusieurs partis le chemin qui plongerait à nouveau la RDC dans un dangereux aventurisme politique. Or, le Congo revient de loin. Un argument que ne manque pas d’utiliser Félix Tshisekedi, qui dénonce les risques d’un retour au passé, lorsque la RDC avait disparu des écrans-radar de la communauté internationale.
Au bout du compte, le résultat d’une élection présidentielle ne dépend pas d’un programme électoral, aussi bon soit-il. Il dépend de la figure qui incarne ce programme. Aujourd’hui, Félix Tshisekedi est une figure de rassemblement.

À
Kinshasa
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